GENOCIDE ARMENIEN ET POPULICIDE VENDEEN

LA RÉPUBLIQUE TURQUE DEVRAIT RECONNAÎTRE LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN
(ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DEVRAIT RECONNAÎTRE LE GÉNOCIDE VENDÉEN).
Genocide et populicide
Avant le terme gréco-latin génocide, datant de la seconde guerre mondiale, le terme populicide, cent pour cent latin, a été conçu par le Comité de Salut public français. Il fait donc partie des valeurs de la république française qu’on ne rappelle jamais aux enfants des écoles. Rappelons le contexte de sa concrétisation. Les Vendéens, catholiques et monarchistes s’il en est, avaient perçu la décollation du Roi Louis XVI comme un péché. Ils étaient de plus, choqués par l’arrestation de leurs prêtres traditionalistes envoyés en Camp d’extermination à Brouage et remplacés par des prêtres jureurs. De plus, des agents de conscription de la république voulaient les envoyer faire la guerre au profit du régime impie. Ils molestèrent ces envoyés du diable, allèrent se chercher des chefs et se soulevèrent en masse dès 1793, cumulant les victoires. C’est alors que le Comité de Salut public décida le populicide des Vendéens. Il s’agissait de massacrer tous ces brigands (sic), hommes, femmes et enfants, d’exterminer le bétail et de brûler les récoltes. Ont participé à ce péché originel de la république des officiers illustres, comme Turreau (le Lamerling de la Vendée), Hoche, Kléber, Marceau, dont les noms ornent l’Arc de Triomphe et les avenues issues de la place de l’Étoile à Paris. Cette politique de la terre brûlée accomplie et les brigands exterminés (on parle de trois cent mille morts), on voulait repeupler la Vendée-Vergé avec de bons citoyens. Tel fut le premier génocide des temps modernes, péché originel de la république française qui n’a jamais été expié.
Des autochtones de l’Asie mineure
Le génocide arménien se présente différemment. Les Arméniens, comme les Grecs et d’autres chrétiens des premiers siècles, sont des autochtones de l’Asie mineure où ils se sont installés bien avant notre ère. Les musulmans sont des envahisseurs : Arabes au VIIème siècle, Turcs à partir du Xème siècle, puis Kurdes venus du Zagros et Tcherkèsses, etc. sédentarisés.. Les Turcs s’installent et prennent le pouvoir en Asie mineure, puis conquièrent l’Europe balkanique et danubienne. Ils encercleront Vienne sans arriver à la conquérir. Le 29 mai 1453, ils s’emparent de Constantinople, dernier ilôt de l’Empire byzantin et procèdent à un massacre de la population. Mais, petit à petit, les chrétiens rescapés s’organisent et le Padişah reconnaît deux Patriarches chrétiens. Le patriarche orthodoxe pour les chrétiens occidentaux, le patriarche arménien pour les chrétiens orientaux. Au sein de l’Empire ottoman, les chrétiens représentent 25% de la population. Citoyens de deuxième ordre, considérés comme dhimmis ou rayas, n’ayant pas le droit de monter à cheval, ils peuvent néanmoins devenir artisans, musiciens, médecins, fonctionnaires, officiers ou même ministres.
Chabrier Génocide arménien.02.
massacres précurseurs
Au XIXème siècle, l’Empire ottoman va de défaite en défaite. Les populations musulmanes (essentiellement Turcs et Kurdes) sont mécontentes et jalouses des richesses des chrétiens, qui sont des travailleurs sérieux, et plus particulièrement des Arméniens. La fin du XIXème siècle marque l’accélération des massacres de chrétiens et plus particulièrement des Arméniens par les Turcs et les Kurdes en Cilicie et dans le Sud-Est. En novembre 1914, l’Empire, très influencé par les Allemands, entre en guerre aux côtés des empires centraux et le Padişah Reşad émet un firman aux termes duquel tous les chrétiens de l’Empire devraient être massacrés. Les Kurdes du Sud-Est en profitent pour attaquer les bourgades chrétiennes, mais, ne recevant du pouvoir central ni argent ni munitions pour parachever cette extermination, ils finissent par conclure des trèves avec les chrétiens.
L’armée russe fait, au cours de l’hiver 1914-1915, une percée spectaculaire jusqu’au Lac de Van et jusqu’à à Bitlis, terres peuplées essentiellement d’Arméniens. Il y a en effet des centaines de villages arméniens avec leurs églises autour du Lac de Van (comme l’atteste la carte de Guréghian). Voyant ces soldats chrétiens arborant des bannières orthodoxes, les chrétiens laissent paraître une allégresse qui va leur coûter cher. Le Comité Union et Progrès qui a le pouvoir sur l’Empire ottoman, est composé de Turcs originaires des Balkans, parfois convertis du judaïsme et qui professent une sorte d’islamisme totalitaire. Il décide l’extermination des Arméniens qui aura des répercussions sur les autres chrétiens : assyriens (essentiellement), chaldéens, grecs, maronites, roums-catholiques, roums-orthodoxes , syriaques catholiques, syriaques orthodoxes, etc.).
Le génocide systématique
La nuit du 23 au 24 avril 1915, une rafle capture des centaines d’Arméniens à Istanbul. A partir de la lettre à Talaat Pasha, la rafle va s’étendre à toute l’Asie mineure et au Nord de la Syrie. Elle est suivie d’exécutions pour la plupart des hommes. Les vieillards, les femmes et les enfants sont emmenés à pieds encadrés par une soldatesque cruelle qui achève les trainards à la baïonnette. Les femmes enceintes qui accouchent en chemin doivent le faire sur le bord de la route caillouteuse et voient leurs nouveaux-nés assassinés à la baïonnette et les placentas exposés. Ces convois sont conduits en direction du Sud-Est : Alep, Urfa (Edesse), Mardin, et même jusqu’à Deyr-i-Zor en Syrie sur les bords de l’Euphrate, ce qui représente plus de mille kilomètres de calvaire. Lorsque la colonne de captifs arrive dans les aires peuplées de Kurdes, les soldats turcs vendent les jeunes femmes et les fillettes aux Kurdes qui en feront des prostituées, des épouses surnuméraires, des concubines captives ou des esclaves. Pour cette raison, un nombre important de Kurdes ont des bi- ou trisaieules arméniennes. J’en ai rencontré dès mes premiers voyages à partir de 1957, mais, à l’époque, personne n’ébruitait ce métissage et sa descendance. Depuis quelques temps, les médias ont abordé ce problème. Un nombre important de personnes élevées dans l’islam se découvrent une ancestralité chrétienne et rencontrent des problèmes d’identité. Mais le retour au christianisme est interdit par les lois islamiques et il correspond en Turquie à une récession sociale, puisque dans ce pays qui fut chrétien, il n’y a plus qu’un chrétien pour mille habitants.
Chabrier Génocide arménien.03.
De ce chemin de croix de mille kilomètres subi par les Arméniens, un mémorial sis à Deyr-i- Zor en Syrie sur les bords de l’Euphrate avait été érigé. Il a été dynamité récemment par les djihadistes de l’Etat islamique. Cette obsession de détruire les tombes et les mausolées chrétiens donc de profaner les sépultures n’est pas l’apanage exclusif de cet Etat islamique extrémiste puisqu’on peut l’observer en Algérie et en Europe, pays peuplés par des musulmans jugés modérés par les médias.
D’autres génocides de chrétiens.
Le génocide systématique va durer aussi longtemps que la première guerre mondiale. Ainsi en 1918, lorsque l’Empire ottoman capitule, l’ensemble de l’Asie mineure a été nettoyé de ses Arméniens. Dans le Sud-Est, les Kurdes qui jalousaient les chrétiens et leurs terres, s’en sont pris à tous les chrétiens. Les moines syriaques orthodoxes du monastère Mor Gabriel ont été assassinés et leur monastère occupé par les Kurdes. Les Assyriens (nestoriens, Église de l’Orient), très nombreux dans le Sud-Est, ont dû abandonner leur patriarcat de Qoçannès, leurs églises des bords du Zab et des régions de Gawar et Şemdinan. Un groupe part en direction de l’Iraq. Un autre groupe part en direction du Nord-Est. Ils seront harcelés dans les défilés et les gorges par les Kurdes qui massacrent enfants, femmes vieillards, adultes, prêtres et évêques et finalement le patriarche pris dans le guet apens que lui a tendu le kurde Simko. Les rescapés du goupe Nord-Est finiront en Iran, dans les régions de Salmas et Ormia, à nouveau massacrés comme tous les chrétiens par les Kurdes, les Azéris et les Turcs appuyés par l’armée ottomane. Après ces massacres, chrétiens divers et Arméniens pourront s’établir en Iran, notamment en Azerbaijan de l’Ouest où l’on trouve des monastères arméniens comme Saint Thaddée et Saint Stéfan. En 1923, les Assyriens voudront revenir en Asie mineure du Sud-Est, mais Mustafa Kemal, qui tolère les chaldéens rescapés s’oppose au retour des Assyriens et les fait massacrer par la jeune armée turque qui égale en cruauté l’armée ottomane. C’est cet épisode qu’on appelle le génocide assyrien.
L’après génocide.
Après la capitulation de 1918, l’armée française occupe la Cilicie et le Sud-Est vidés de leurs Arméniens et protège les rares rescapés. Mais cette armée, battue à Maraş par les insurgés turcs et kurdes kémalistes se replie sur le territoire syrien en abandonnant les chrétiens rescapés (qu’elle accueillera plus tard en Syrie). Mustafa Kémal Atatürk entérinera l’interdiction de retour imposée aux Arméniens qui ont quitté la Turquie et imposera aux Grecs et aux Arméniens rescapés du génocide de s’installer à Istanbul où ils redeviennent très actifs dans l’artisanat et le commerce, mais sont exclus de tous les emplois publics. Grecs et Arméniens acquièrent le statut de minoritaires. Petit à petit, les Grecs quittent Istanbul et vont en Grèce. Lors de mon premier séjour en 1956, ils étaient plus de cinquante mille. Ils ne sont plus que deux mille. Les Arméniens, plus résistants aux vexations, et peu tentés par l’exil en Arménie, alors soviétique, sont restés et sont actuellement au nombre de soixante mille. Mais si, à Istanbul, en 1956, outre le turc moderne, on entendait encore parler grec, arménien et français, en 2015, le turc, encore plus modernisé (öz turkçé), est concurrencé par le Kurde-kurmanjî et le français disparaît au profit de l’anglais.

Chabrier Génocide arménien. 04.
La reconnaissance et la réparation des génocides.
Cent années ont passé depuis la lettre à Talaat Paşa préconisant le massacre de tous les Arméniens. Il en a ainsi disparu un million cinq cents mille dans des circonstances atroces. Les gouvernements turcs successifs n’ont pas reconnu ce génocide et préfèrent parler de guerre civile. Mais on peut remarquer que les gouvernements français n’ont pas reconnu le génocide vendéen, péché originel de la république française, et préfèrent rendre obligatoire l’enseignement de la Shoah en culpabilisant le gouvernement de Vichy et le peuple français ayant subi l’occupation, nonobstant sa participation à la résistance (j’en suis). En fait, les horreurs du génocide vendéen évoquent celles du génocide arménien. Seul le nombre des victimes diffère. Trois cents mille Vendéens pour un million cinq cents mille arméniens.

La France a reconnu le génocide arménien par une loi. L’Europe et l’ONU s’en mêlent et ont également reconnu le génocide arménien. Les Arméniens réclament des réparations. Lors de mes voyages récents dans le Sud-Est, j’ai constaté que certains Kurdes reconnaissaient leurs torts. Les uns parlaient d’indemniser ; les autres évoquaient l’éventualité d’un retour des arméniens et d’une restitution des terres volées, mais pas la restitution des maisons, car la polygamie et la natalité ont fait que les Kurdes sont extrêmement nombreux, soit plusieurs dizaines de millions en Turquie. Outre les villages arméniens, ils ont annexés presque tous les villages chrétiens du Sud-Est. Y a-t-il de la place pour les Arméniens ? Les Arméniens souhaitent-ils reconstruire leurs églises et leurs villages rasés et se réinstaller dans un milieu musulman hostile et rival. Des syriaques orthodoxes partis dans les années 1980 ont réussi ce retour dans leurs villages du Turabdîn qu’ils ont reconstruits, église comprise, comme Kafro. (Il existe un mémorial du génocide syriaque à Bruxelles). Les Arméniens ont été tués ou chassés il y a un siècle. Combien d’entre eux sont prêts à revivre une expérience de retour dans des terres déjà surpeuplées ? La réponse appartient aux Arméniens, si l’Occident veut bien les aider.
……………………………………………………………………………..Jean-Claude C. CHABRIER.

Bibliographie minimale : Outre des ouvrages fondamentaux écrits par des chercheurs (dont celui de Raymond Kevorkian) et des dizaines d’ouvrages disponibles (dont celui de Bernard Antony, tout récent), on pourra consulter : Jean V. Guréghian, Les monuments de la région Mouch-Sassoun-Van en Arménie historique, Paris, Sigest, 2008. Ceux qui, comme moi, voudront vérifier ce qui reste des centaines d’églises et de villages arméniens sis autour du Lac de Van trouveront, soit rien parce que tout a été passé au bulldozer, soit des villages occupés par des Kurdes qui se prétendent autochtones. On trouvera dans Jean-Claude C. Chabrier, Chrétientés violentées : Serbie Turquie Iran Iraq Syrie Liban Monde Musiques Album, Paris, arabesques-C.H.R.I.S.T.O.S, 2014, épuisé, à reparaître, des renseignements sur ce qui reste de communautés et monuments arméniens. Enfin, on peut envisager la visite d’Ani ou du Musée du Génocide à Erevan et, à défaut, celle de l’exposition qui se tient à Paris à l’Hôtel de Ville. Sur le génocide vendéen, on peut lire les ouvrages de Reynald Secher, etc.

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